Une cinquantaine dâhistoriens, philosophes et spĂ©cialistes des sciences politiques, de gĂ©nĂ©ration et nationalitĂ© variĂ©es restituent la "guerre-monde" avec une triple ambition : montrer que la guerre sâest Ă©tendue au monde entier, notamment Ă lâAfrique et Ă lâAsie ; que ce processus de mondialisation a modifiĂ© les catĂ©gories et les reprĂ©sentations de lâespace et du temps ; quâelle fut enfin, on le dĂ©couvre toujours plus, un monde en soi : les Ă©vidences du temps de paix nâavaient plus cours ; les mots changeaient de sens, contaminĂ©s par les propagandes ; la division sexuĂ©e du travail fut bouleversĂ©e ; des technologies civiles ou des produits chimiques furent suscitĂ©s par les industries de la mort donnĂ©e ; des dominations coloniales furent Ă©branlĂ©es Ă jamais ; sans oublier les expĂ©riences ordinaires ou esthĂ©tiques : vivre la nuit, Ă©couter de la musique pour ne pas entendre les bombes ni les paroles de lâoccupant, raviver des vieux chants qui de ce seul fait devenaient patriotiques, pour ne rien dire de la rĂ©citation dâun poĂšme appris Ă lâĂ©cole et qui devenait, dans un baraquement, la sublime priĂšre de ceux qui accompagnaient les mourants. Oui, la guerre fut un monde, prĂ©parĂ©e bien avant les Ă©vĂ©nements europĂ©ens de lâinvasion nazie de la Pologne le 1er septembre 1939, enclenchĂ©e dĂšs 1931 en Mandchourie, en 1935 en Ăthiopie, et surtout, plus massivement, en Chine Ă partir de 1937. La sortie de guerre se prolonge au-delĂ de son terme officiel, le 2 septembre 1945, jusquâaux traitĂ©s de paix de fĂ©vrier 1947 conclus avec quelques-uns seulement des vaincus â car alors sâimpose l'Ă©vidence de la guerre froide entre les deux nouveaux gĂ©ants, les Ătats-Unis et lâURSS.
Une cinquantaine dâhistoriens, philosophes et spĂ©cialistes des sciences politiques, de gĂ©nĂ©ration et nationalitĂ© variĂ©es restituent la "guerre-monde" avec une triple ambition : montrer que la guerre sâest Ă©tendue au monde entier, notamment Ă lâAfrique et Ă lâAsie ; que ce processus de mondialisation a modifiĂ© les catĂ©gories et les reprĂ©sentations de lâespace et du temps ; quâelle fut enfin, on le dĂ©couvre toujours plus, un monde en soi : les Ă©vidences du temps de paix nâavaient plus cours ; les mots changeaient de sens, contaminĂ©s par les propagandes ; la division sexuĂ©e du travail fut bouleversĂ©e ; des technologies civiles ou des produits chimiques furent suscitĂ©s par les industries de la mort donnĂ©e ; des dominations coloniales furent Ă©branlĂ©es Ă jamais ; sans oublier les expĂ©riences ordinaires ou esthĂ©tiques : vivre la nuit, Ă©couter de la musique pour ne pas entendre les bombes ni les paroles de lâoccupant, raviver des vieux chants qui de ce seul fait devenaient patriotiques, pour ne rien dire de la rĂ©citation dâun poĂšme appris Ă lâĂ©cole et qui devenait, dans un baraquement, la sublime priĂšre de ceux qui accompagnaient les mourants. Oui, la guerre fut un monde, prĂ©parĂ©e bien avant les Ă©vĂ©nements europĂ©ens de lâinvasion nazie de la Pologne le 1er septembre 1939, enclenchĂ©e dĂšs 1931 en Mandchourie, en 1935 en Ăthiopie, et surtout, plus massivement, en Chine Ă partir de 1937. La sortie de guerre se prolonge au-delĂ de son terme officiel, le 2 septembre 1945, jusquâaux traitĂ©s de paix de fĂ©vrier 1947 conclus avec quelques-uns seulement des vaincus â car alors sâimpose l'Ă©vidence de la guerre froide entre les deux nouveaux gĂ©ants, les Ătats-Unis et lâURSS.