Ciel ouvert - Roger Ikor

By Roger Ikor

Release Date: 1959-01-01

Genre: Fiction & Literature

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Écrit il y a une quinzaine d’annĂ©es dans un Oflag pomĂ©ranien, CIEL OUVERT occupe une place tout Ă  fait Ă  part dans l’Ɠuvre de Roger Ikor. Voici en quels termes, sitĂŽt terminĂ© l’ouvrage, le futur auteur des EAUX MÊLÉES le prĂ©sentait lui-mĂȘme Ă  un hypothĂ©tique lecteur. C’était en janvier 1945 : « Sous son apparente diversitĂ© de forme et d’inspiration, on saisira mieux, je pense, sa trĂšs rĂ©elle unitĂ©, quand on saura que l’auteur est depuis des annĂ©es prisonnier de guerre et point prĂšs de cesser de l’ĂȘtre. â€” ArrĂȘte, lecteur ! Ces pages ne sont ni un journal de captivitĂ©, ni une description en rĂšgle de la « vie des camps Â», ni quoi que ce soit qui concerne directement les fameux barbelĂ©s. Je n’ai pas le moindre goĂ»t pour les Ă©panchements publics et les cƓurs en Ă©charpe â€” passe encore pour un cƓur de vierge ou d’aventurier ; mais le cƓur pourrissant d’une bĂȘte en cage sent par trop mauvais. Quant Ă  dĂ©crire la captivitĂ©, Ă  peindre les barreaux de ma cage ou les immondices dans les coins, cette seule idĂ©e me sĂšche la plume. Je vis dĂ©jĂ  en fait la captivitĂ©, je n’ai nulle envie de la revivre en pensĂ©e : une fois suffit. Je ne cherche qu’à oublier, Ă  vivre ailleurs. « Si donc la captivitĂ© est constamment prĂ©sente tout au long de ces pages, dont elle constitue le seul vĂ©ritable lien, ce n’est pas sous forme de photographie, mais de nĂ©gatif. Un captif qui chĂ©rit par-dessus tout la libertĂ© s’évade par l’imagination et l’écriture quand il ne peut le faire autrement. L’art compte ici pour peu de chose ; c’est aux moindres frais esthĂ©tiques que j’ai Ă©crit ce livre, ou plus exactement que ce livre, de lui-mĂȘme, page Ă  page, s’est Ă©crit ; non pas Ɠuvre littĂ©raire, mais maniĂšre de vivre, procuration de vie durant ces « journĂ©es trop longues et ces annĂ©es trop brĂšves. Â» « Et aussi mĂ©dication. D’innombrables images, inconsistantes et changeantes, me hantaient sans rĂ©pit ; j’avais beau les chasser, elles revenaient toujours, acharnĂ©es, sous une autre forme et pourtant les mĂȘmes et pareillement Ă©puisantes. J’ai tentĂ© une cure. Pour me dĂ©livrer de ces hantises, je les ai fixĂ©es sur le papier le plus fidĂšlement qu’il m’était possible ; j’espĂ©rais ainsi les exorciser en leur donnant une existence indĂ©pendante. Â»

Ciel ouvert - Roger Ikor

By Roger Ikor

Release Date: 1959-01-01

Genre: Fiction & Literature

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Écrit il y a une quinzaine d’annĂ©es dans un Oflag pomĂ©ranien, CIEL OUVERT occupe une place tout Ă  fait Ă  part dans l’Ɠuvre de Roger Ikor. Voici en quels termes, sitĂŽt terminĂ© l’ouvrage, le futur auteur des EAUX MÊLÉES le prĂ©sentait lui-mĂȘme Ă  un hypothĂ©tique lecteur. C’était en janvier 1945 : « Sous son apparente diversitĂ© de forme et d’inspiration, on saisira mieux, je pense, sa trĂšs rĂ©elle unitĂ©, quand on saura que l’auteur est depuis des annĂ©es prisonnier de guerre et point prĂšs de cesser de l’ĂȘtre. â€” ArrĂȘte, lecteur ! Ces pages ne sont ni un journal de captivitĂ©, ni une description en rĂšgle de la « vie des camps Â», ni quoi que ce soit qui concerne directement les fameux barbelĂ©s. Je n’ai pas le moindre goĂ»t pour les Ă©panchements publics et les cƓurs en Ă©charpe â€” passe encore pour un cƓur de vierge ou d’aventurier ; mais le cƓur pourrissant d’une bĂȘte en cage sent par trop mauvais. Quant Ă  dĂ©crire la captivitĂ©, Ă  peindre les barreaux de ma cage ou les immondices dans les coins, cette seule idĂ©e me sĂšche la plume. Je vis dĂ©jĂ  en fait la captivitĂ©, je n’ai nulle envie de la revivre en pensĂ©e : une fois suffit. Je ne cherche qu’à oublier, Ă  vivre ailleurs. « Si donc la captivitĂ© est constamment prĂ©sente tout au long de ces pages, dont elle constitue le seul vĂ©ritable lien, ce n’est pas sous forme de photographie, mais de nĂ©gatif. Un captif qui chĂ©rit par-dessus tout la libertĂ© s’évade par l’imagination et l’écriture quand il ne peut le faire autrement. L’art compte ici pour peu de chose ; c’est aux moindres frais esthĂ©tiques que j’ai Ă©crit ce livre, ou plus exactement que ce livre, de lui-mĂȘme, page Ă  page, s’est Ă©crit ; non pas Ɠuvre littĂ©raire, mais maniĂšre de vivre, procuration de vie durant ces « journĂ©es trop longues et ces annĂ©es trop brĂšves. Â» « Et aussi mĂ©dication. D’innombrables images, inconsistantes et changeantes, me hantaient sans rĂ©pit ; j’avais beau les chasser, elles revenaient toujours, acharnĂ©es, sous une autre forme et pourtant les mĂȘmes et pareillement Ă©puisantes. J’ai tentĂ© une cure. Pour me dĂ©livrer de ces hantises, je les ai fixĂ©es sur le papier le plus fidĂšlement qu’il m’était possible ; j’espĂ©rais ainsi les exorciser en leur donnant une existence indĂ©pendante. Â»

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