La guerre des mondes - Herbert george Wells

By Herbert george Wells

Release Date: 2019-11-06

Genre: Adventure Sci-Fi

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Personne n’aurait cru, dans les derniĂšres annĂ©es du dix-neuviĂšme siĂšcle, que les choses humaines fussent observĂ©es, de la façon la plus pĂ©nĂ©trante et la plus attentive, par des intelligences supĂ©rieures aux intelligences humaines et cependant mortelles comme elles; que tandis que les hommes s’absorbaient dans leurs occupations, ils Ă©taient examinĂ©s et Ă©tudiĂ©s d’aussi prĂšs peut-ĂȘtre qu’un savant peut Ă©tudier avec un microscope les crĂ©atures transitoires qui pullulent et se multiplient dans une goutte d’eau. Avec une suffisance infinie, les hommes allaient de ci de lĂ  par le monde, vaquant Ă  leurs petites affaires, dans la sereine sĂ©curitĂ© de leur empire sur la matiĂšre. Il est possible que, sous le microscope, les infusoires fassent de mĂȘme. Personne ne donnait une pensĂ©e aux mondes plus anciens de l’espace comme sources de danger pour l’existence terrestre, ni ne songeait seulement Ă  eux pour Ă©carter l’idĂ©e de vie Ă  leur surface comme impossible ou improbable. Il est curieux de se rappeler maintenant les habitudes mentales de ces jours lointains. Tout au plus les habitants de la Terre s’imaginaient-ils qu’il pouvait y avoir sur la planĂšte Mars des ĂȘtres probablement infĂ©rieurs Ă  eux, et disposĂ©s Ă  faire bon accueil Ă  une expĂ©dition missionnaire. Cependant, par delĂ  le gouffre de l’espace, des esprits qui sont Ă  nos esprits ce que les nĂŽtres sont Ă  ceux des bĂȘtes qui pĂ©rissent, des intellects vastes, calmes et impitoyables, considĂ©raient cette terre avec des yeux envieux, dressaient lentement et sĂ»rement leurs plans pour la conquĂȘte de notre monde. Et dans les premiĂšres annĂ©es du vingtiĂšme siĂšcle vint la grande dĂ©sillusion.
La planĂšte Mars, est-il besoin de le rappeler au lecteur, tourne autour du soleil Ă  une distance moyenne de deux cent vingt-cinq millions de kilomĂštres, et la lumiĂšre et la chaleur qu’elle reçoit du soleil sont tout juste la moitiĂ© de ce que reçoit notre sphĂšre. Si l’hypothĂšse des nĂ©buleuses a quelque vĂ©ritĂ©, la planĂšte Mars doit ĂȘtre plus vieille que la nĂŽtre, et longtemps avant que cette terre se soit solidifiĂ©e, la vie Ă  sa surface dut commencer son cours. Le fait que son volume est Ă  peine un septiĂšme de celui de la terre doit avoir accĂ©lĂ©rĂ© son refroidissement jusqu’à la tempĂ©rature oĂč la vie peut naĂźtre. Elle a de l’air et de l’eau et tout ce qui est nĂ©cessaire aux existences animĂ©es.
Pourtant l’homme est si vain et si aveuglĂ© par sa vanitĂ© que jusqu’à la fin mĂȘme du dix-neuviĂšme siĂšcle, aucun Ă©crivain n’exprima l’idĂ©e que lĂ -bas la vie intelligente, s’il en Ă©tait une, avait pu se dĂ©velopper bien au delĂ  des proportions humaines. Peu de gens mĂȘme savaient que, puisque Mars est plus vieux que notre terre, avec Ă  peine un quart de sa superficie et Ă  une plus grande distance du soleil, il s’ensuit naturellement que cette planĂšte est non seulement plus Ă©loignĂ©e du commencement de la vie, mais aussi plus prĂšs de sa fin.
Le refroidissement sĂ©culaire qui doit quelque jour atteindre notre planĂšte est dĂ©jĂ  fort avancĂ© chez notre voisin. Ses conditions physiques sont encore largement un mystĂšre; mais dĂšs maintenant nous savons que, mĂȘme dans sa rĂ©gion Ă©quatoriale, la tempĂ©rature de midi atteint Ă  peine celle de nos plus froids hivers. Son atmosphĂšre est plus attĂ©nuĂ©e que la nĂŽtre, ses ocĂ©ans se sont resserrĂ©s jusqu’à ne plus couvrir qu’un tiers de sa surface et, suivant le cours de ses lentes saisons, de vastes amas de glace et de neige s’amoncellent et fondent Ă  chacun de ses pĂŽles, inondant pĂ©riodiquement ses zones tempĂ©rĂ©es. Ce suprĂȘme Ă©tat d’épuisement, qui est encore pour nous incroyablement lointain, est devenu pour les habitants de Mars un problĂšme vital. La pression immĂ©diate de la nĂ©cessitĂ© a stimulĂ© leurs intelligences, dĂ©veloppĂ© leurs facultĂ©s et endurci leurs cƓurs. Regardant Ă  travers l’espace au moyen d’instruments et avec des intelligences tels que nous pouvons Ă  peine les rĂȘver, ils voient Ă  sa plus proche distance, Ă  cinquante-cinq millions de kilomĂštres d’eux vers le soleil, un matinal astre d’espoir, notre propre planĂšte, plus chaude, aux vĂ©gĂ©tations vertes et aux eaux grises, avec une atmosphĂšre nuageuse Ă©loquente de fertilitĂ©, et, Ă  travers les dĂ©chirures de ses nuages, des aperçus de vastes contrĂ©es populeuses et de mers Ă©troites sillonnĂ©es de navires.
Nous, les hommes, crĂ©atures qui habitons cette terre, nous devons ĂȘtre, pour eux du moins, aussi Ă©trangers et misĂ©rables que le sont pour nous les singes et les lĂ©muriens. DĂ©jĂ , la partie intellectuelle de l’humanitĂ© admet que la vie est une incessante lutte pour l’existence et il semble que ce soit aussi la croyance des esprits dans Mars. Leur monde est trĂšs avancĂ© vers son refroidissement, et ce monde-ci est encore encombrĂ© de vie, mais encombrĂ© seulement de ce qu’ils considĂšrent, eux, comme des animaux infĂ©rieurs. En vĂ©ritĂ©, leur seul moyen d’échapper Ă  la destruction qui, gĂ©nĂ©ration aprĂšs gĂ©nĂ©ration, se glisse lentement vers eux, est de s’emparer, pour pouvoir y vivre, d’un astre plus rapprochĂ© du soleil.
Avant de les juger trop sĂ©vĂšrement, il faut nous remettre en mĂ©moire quelles entiĂšres et barbares destructions furent accomplies par notre propre race, non seulement sur des espĂšces animales, comme le bison et le dodo, mais sur les races humaines infĂ©rieures. Les Tasmaniens, en dĂ©pit de leur conformation humaine, furent en l’espace de cinquante ans entiĂšrement balayĂ©s du monde dans une guerre d’extermination engagĂ©e par des immigrants europĂ©ens. Sommes-nous de tels apĂŽtres de misĂ©ricorde que nous puissions nous plaindre de ce que les Marsiens aient fait la guerre dans ce mĂȘme esprit?
Les Marsiens semblent avoir calculĂ© leur descente avec une sĂ»re et Ă©tonnante subtilité—leur science mathĂ©matique Ă©tant Ă©videmment bien supĂ©rieure Ă  la nĂŽtre—et avoir menĂ© leurs prĂ©paratifs Ă  bonne fin avec une presque parfaite unanimitĂ©. Si nos instruments l’avaient permis, on aurait pu, longtemps avant la fin du dix-neuviĂšme siĂšcle, apercevoir des signes des prochaines perturbations. Des hommes comme Schiaparelli observĂšrent la planĂšte rouge,—il est curieux, soit dit en passant, que, pendant d’innombrables siĂšcles, Mars ait Ă©tĂ© l’étoile de la guerre,—mais ne surent pas interprĂ©ter les fluctuations apparentes des phĂ©nomĂšnes qu’ils enregistraient si exactement. Pendant tout ce temps les Marsiens se prĂ©paraient.
A l’opposition de 1894, une grande lueur fut aperçue, sur la partie Ă©clairĂ©e du disque, d’abord par l’observatoire de Lick, puis par Perrotin de Nice et d’autres observateurs. Je ne suis pas loin de penser que ce phĂ©nomĂšne inaccoutumĂ© n’ait eu pour cause la fonte de l’immense canon, trou Ă©norme creusĂ© dans leur planĂšte, au moyen duquel ils nous envoyĂšrent leurs projectiles. Des signes particuliers, qu’on ne sut expliquer, furent observĂ©s lors des deux oppositions suivantes, prĂšs de l’endroit oĂč la lueur s’était produite.

La guerre des mondes - Herbert george Wells

By Herbert george Wells

Release Date: 2019-11-06

Genre: Adventure Sci-Fi

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Personne n’aurait cru, dans les derniĂšres annĂ©es du dix-neuviĂšme siĂšcle, que les choses humaines fussent observĂ©es, de la façon la plus pĂ©nĂ©trante et la plus attentive, par des intelligences supĂ©rieures aux intelligences humaines et cependant mortelles comme elles; que tandis que les hommes s’absorbaient dans leurs occupations, ils Ă©taient examinĂ©s et Ă©tudiĂ©s d’aussi prĂšs peut-ĂȘtre qu’un savant peut Ă©tudier avec un microscope les crĂ©atures transitoires qui pullulent et se multiplient dans une goutte d’eau. Avec une suffisance infinie, les hommes allaient de ci de lĂ  par le monde, vaquant Ă  leurs petites affaires, dans la sereine sĂ©curitĂ© de leur empire sur la matiĂšre. Il est possible que, sous le microscope, les infusoires fassent de mĂȘme. Personne ne donnait une pensĂ©e aux mondes plus anciens de l’espace comme sources de danger pour l’existence terrestre, ni ne songeait seulement Ă  eux pour Ă©carter l’idĂ©e de vie Ă  leur surface comme impossible ou improbable. Il est curieux de se rappeler maintenant les habitudes mentales de ces jours lointains. Tout au plus les habitants de la Terre s’imaginaient-ils qu’il pouvait y avoir sur la planĂšte Mars des ĂȘtres probablement infĂ©rieurs Ă  eux, et disposĂ©s Ă  faire bon accueil Ă  une expĂ©dition missionnaire. Cependant, par delĂ  le gouffre de l’espace, des esprits qui sont Ă  nos esprits ce que les nĂŽtres sont Ă  ceux des bĂȘtes qui pĂ©rissent, des intellects vastes, calmes et impitoyables, considĂ©raient cette terre avec des yeux envieux, dressaient lentement et sĂ»rement leurs plans pour la conquĂȘte de notre monde. Et dans les premiĂšres annĂ©es du vingtiĂšme siĂšcle vint la grande dĂ©sillusion.
La planĂšte Mars, est-il besoin de le rappeler au lecteur, tourne autour du soleil Ă  une distance moyenne de deux cent vingt-cinq millions de kilomĂštres, et la lumiĂšre et la chaleur qu’elle reçoit du soleil sont tout juste la moitiĂ© de ce que reçoit notre sphĂšre. Si l’hypothĂšse des nĂ©buleuses a quelque vĂ©ritĂ©, la planĂšte Mars doit ĂȘtre plus vieille que la nĂŽtre, et longtemps avant que cette terre se soit solidifiĂ©e, la vie Ă  sa surface dut commencer son cours. Le fait que son volume est Ă  peine un septiĂšme de celui de la terre doit avoir accĂ©lĂ©rĂ© son refroidissement jusqu’à la tempĂ©rature oĂč la vie peut naĂźtre. Elle a de l’air et de l’eau et tout ce qui est nĂ©cessaire aux existences animĂ©es.
Pourtant l’homme est si vain et si aveuglĂ© par sa vanitĂ© que jusqu’à la fin mĂȘme du dix-neuviĂšme siĂšcle, aucun Ă©crivain n’exprima l’idĂ©e que lĂ -bas la vie intelligente, s’il en Ă©tait une, avait pu se dĂ©velopper bien au delĂ  des proportions humaines. Peu de gens mĂȘme savaient que, puisque Mars est plus vieux que notre terre, avec Ă  peine un quart de sa superficie et Ă  une plus grande distance du soleil, il s’ensuit naturellement que cette planĂšte est non seulement plus Ă©loignĂ©e du commencement de la vie, mais aussi plus prĂšs de sa fin.
Le refroidissement sĂ©culaire qui doit quelque jour atteindre notre planĂšte est dĂ©jĂ  fort avancĂ© chez notre voisin. Ses conditions physiques sont encore largement un mystĂšre; mais dĂšs maintenant nous savons que, mĂȘme dans sa rĂ©gion Ă©quatoriale, la tempĂ©rature de midi atteint Ă  peine celle de nos plus froids hivers. Son atmosphĂšre est plus attĂ©nuĂ©e que la nĂŽtre, ses ocĂ©ans se sont resserrĂ©s jusqu’à ne plus couvrir qu’un tiers de sa surface et, suivant le cours de ses lentes saisons, de vastes amas de glace et de neige s’amoncellent et fondent Ă  chacun de ses pĂŽles, inondant pĂ©riodiquement ses zones tempĂ©rĂ©es. Ce suprĂȘme Ă©tat d’épuisement, qui est encore pour nous incroyablement lointain, est devenu pour les habitants de Mars un problĂšme vital. La pression immĂ©diate de la nĂ©cessitĂ© a stimulĂ© leurs intelligences, dĂ©veloppĂ© leurs facultĂ©s et endurci leurs cƓurs. Regardant Ă  travers l’espace au moyen d’instruments et avec des intelligences tels que nous pouvons Ă  peine les rĂȘver, ils voient Ă  sa plus proche distance, Ă  cinquante-cinq millions de kilomĂštres d’eux vers le soleil, un matinal astre d’espoir, notre propre planĂšte, plus chaude, aux vĂ©gĂ©tations vertes et aux eaux grises, avec une atmosphĂšre nuageuse Ă©loquente de fertilitĂ©, et, Ă  travers les dĂ©chirures de ses nuages, des aperçus de vastes contrĂ©es populeuses et de mers Ă©troites sillonnĂ©es de navires.
Nous, les hommes, crĂ©atures qui habitons cette terre, nous devons ĂȘtre, pour eux du moins, aussi Ă©trangers et misĂ©rables que le sont pour nous les singes et les lĂ©muriens. DĂ©jĂ , la partie intellectuelle de l’humanitĂ© admet que la vie est une incessante lutte pour l’existence et il semble que ce soit aussi la croyance des esprits dans Mars. Leur monde est trĂšs avancĂ© vers son refroidissement, et ce monde-ci est encore encombrĂ© de vie, mais encombrĂ© seulement de ce qu’ils considĂšrent, eux, comme des animaux infĂ©rieurs. En vĂ©ritĂ©, leur seul moyen d’échapper Ă  la destruction qui, gĂ©nĂ©ration aprĂšs gĂ©nĂ©ration, se glisse lentement vers eux, est de s’emparer, pour pouvoir y vivre, d’un astre plus rapprochĂ© du soleil.
Avant de les juger trop sĂ©vĂšrement, il faut nous remettre en mĂ©moire quelles entiĂšres et barbares destructions furent accomplies par notre propre race, non seulement sur des espĂšces animales, comme le bison et le dodo, mais sur les races humaines infĂ©rieures. Les Tasmaniens, en dĂ©pit de leur conformation humaine, furent en l’espace de cinquante ans entiĂšrement balayĂ©s du monde dans une guerre d’extermination engagĂ©e par des immigrants europĂ©ens. Sommes-nous de tels apĂŽtres de misĂ©ricorde que nous puissions nous plaindre de ce que les Marsiens aient fait la guerre dans ce mĂȘme esprit?
Les Marsiens semblent avoir calculĂ© leur descente avec une sĂ»re et Ă©tonnante subtilité—leur science mathĂ©matique Ă©tant Ă©videmment bien supĂ©rieure Ă  la nĂŽtre—et avoir menĂ© leurs prĂ©paratifs Ă  bonne fin avec une presque parfaite unanimitĂ©. Si nos instruments l’avaient permis, on aurait pu, longtemps avant la fin du dix-neuviĂšme siĂšcle, apercevoir des signes des prochaines perturbations. Des hommes comme Schiaparelli observĂšrent la planĂšte rouge,—il est curieux, soit dit en passant, que, pendant d’innombrables siĂšcles, Mars ait Ă©tĂ© l’étoile de la guerre,—mais ne surent pas interprĂ©ter les fluctuations apparentes des phĂ©nomĂšnes qu’ils enregistraient si exactement. Pendant tout ce temps les Marsiens se prĂ©paraient.
A l’opposition de 1894, une grande lueur fut aperçue, sur la partie Ă©clairĂ©e du disque, d’abord par l’observatoire de Lick, puis par Perrotin de Nice et d’autres observateurs. Je ne suis pas loin de penser que ce phĂ©nomĂšne inaccoutumĂ© n’ait eu pour cause la fonte de l’immense canon, trou Ă©norme creusĂ© dans leur planĂšte, au moyen duquel ils nous envoyĂšrent leurs projectiles. Des signes particuliers, qu’on ne sut expliquer, furent observĂ©s lors des deux oppositions suivantes, prĂšs de l’endroit oĂč la lueur s’était produite.

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