« La princesse de Montpensier ne pouvant plus souffrir quâun homme que toute la France croyait amoureux de Madame, osĂąt lui dire quâil lâĂ©tait dâelle, et se sentant offensĂ©e, et quasi affligĂ©e de sâĂȘtre trompĂ©e elle-mĂȘme, un jour que le duc de Guise la rencontra chez sa sĆur, un peu Ă©loignĂ©e des autres, et quâil lui voulut parler de sa passion, elle lâinterrompit brusquement, et lui dit dâun ton de voix qui marquait sa colĂšre :Je ne comprends pas quâil faille, sur le fondement dâune faiblesse dont on a Ă©tĂ© capable Ă treize ans, avoir lâaudace de faire lâamoureux dâune personne comme moi, et surtout quand on lâest dâune autre Ă la vue de toute la cour.Le duc de Guise, qui avait beaucoup dâesprit et qui Ă©tait fort amoureux, nâeut besoin de consulter personne pour entendre tout ce que signifiaient les paroles de la princesse. Il lui rĂ©pondit avec beaucoup de respect :Jâavoue, madame, que jâai eu tort de ne pas mĂ©priser lâhonneur dâĂȘtre beau-frĂšre de mon roi, plutĂŽt que de vous laisser soupçonner un moment que je pouvais dĂ©sirer un autre cĆur que le vĂŽtre ; mais, si vous voulez me faire la grĂące de mâĂ©couter, je suis assurĂ© de me justifier auprĂšs de vous.La princesse de Montpensier ne rĂ©pondit point ; mais elle ne sâĂ©loigna pas, et le duc de Guise, voyant quâelle lui donnait lâaudience quâil souhaitait, lui apprit que, sans sâĂȘtre attirĂ© les bonnes grĂąces de Madame par aucun soin, elle lâen avait honorĂ© ; que, nâayant nulle passion pour elle, il avait trĂšs mal rĂ©pondu Ă lâhonneur quâelle lui faisait, jusquâĂ ce quâelle lui eĂ»t donnĂ© quelque espĂ©rance de lâĂ©pouser ; quâĂ la vĂ©ritĂ©, la grandeur oĂč ce mariage pouvait lâĂ©lever lâavait obligĂ© de lui rendre plus de devoirs ; et que câĂ©tait ce qui avait donnĂ© lieu au soupçon quâen avaient eu le roi et le duc dâAnjou ; que lâopposition de lâun ni de lâautre ne le dissuadait pas de son dessein ; mais que, si ce dessein lui dĂ©plaisait, il lâabandonnait, dĂšs lâheure mĂȘme, pour nây penser de sa vie. »BnF collection ebooks a pour vocation de faire dĂ©couvrir en version numĂ©rique des textes classiques essentiels dans leur Ă©dition la plus remarquable, des perles mĂ©connues de la littĂ©rature ou des auteurs souvent injustement oubliĂ©s. Tous les genres y sont reprĂ©sentĂ©s : morceaux choisis de la littĂ©rature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres dâhistoire, rĂ©cits de voyage, portraits et mĂ©moires ou sĂ©lections pour la jeunesse.
« La princesse de Montpensier ne pouvant plus souffrir quâun homme que toute la France croyait amoureux de Madame, osĂąt lui dire quâil lâĂ©tait dâelle, et se sentant offensĂ©e, et quasi affligĂ©e de sâĂȘtre trompĂ©e elle-mĂȘme, un jour que le duc de Guise la rencontra chez sa sĆur, un peu Ă©loignĂ©e des autres, et quâil lui voulut parler de sa passion, elle lâinterrompit brusquement, et lui dit dâun ton de voix qui marquait sa colĂšre :Je ne comprends pas quâil faille, sur le fondement dâune faiblesse dont on a Ă©tĂ© capable Ă treize ans, avoir lâaudace de faire lâamoureux dâune personne comme moi, et surtout quand on lâest dâune autre Ă la vue de toute la cour.Le duc de Guise, qui avait beaucoup dâesprit et qui Ă©tait fort amoureux, nâeut besoin de consulter personne pour entendre tout ce que signifiaient les paroles de la princesse. Il lui rĂ©pondit avec beaucoup de respect :Jâavoue, madame, que jâai eu tort de ne pas mĂ©priser lâhonneur dâĂȘtre beau-frĂšre de mon roi, plutĂŽt que de vous laisser soupçonner un moment que je pouvais dĂ©sirer un autre cĆur que le vĂŽtre ; mais, si vous voulez me faire la grĂące de mâĂ©couter, je suis assurĂ© de me justifier auprĂšs de vous.La princesse de Montpensier ne rĂ©pondit point ; mais elle ne sâĂ©loigna pas, et le duc de Guise, voyant quâelle lui donnait lâaudience quâil souhaitait, lui apprit que, sans sâĂȘtre attirĂ© les bonnes grĂąces de Madame par aucun soin, elle lâen avait honorĂ© ; que, nâayant nulle passion pour elle, il avait trĂšs mal rĂ©pondu Ă lâhonneur quâelle lui faisait, jusquâĂ ce quâelle lui eĂ»t donnĂ© quelque espĂ©rance de lâĂ©pouser ; quâĂ la vĂ©ritĂ©, la grandeur oĂč ce mariage pouvait lâĂ©lever lâavait obligĂ© de lui rendre plus de devoirs ; et que câĂ©tait ce qui avait donnĂ© lieu au soupçon quâen avaient eu le roi et le duc dâAnjou ; que lâopposition de lâun ni de lâautre ne le dissuadait pas de son dessein ; mais que, si ce dessein lui dĂ©plaisait, il lâabandonnait, dĂšs lâheure mĂȘme, pour nây penser de sa vie. »BnF collection ebooks a pour vocation de faire dĂ©couvrir en version numĂ©rique des textes classiques essentiels dans leur Ă©dition la plus remarquable, des perles mĂ©connues de la littĂ©rature ou des auteurs souvent injustement oubliĂ©s. Tous les genres y sont reprĂ©sentĂ©s : morceaux choisis de la littĂ©rature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres dâhistoire, rĂ©cits de voyage, portraits et mĂ©moires ou sĂ©lections pour la jeunesse.