HumiliĂ©, comme tous ceux de sa lignĂ©e, par les Bourbons, critiquĂ©, puis menacĂ© durant la RĂ©volution, Ă©ternel candidat au moindre trĂŽne vacant dâEurope, opportuniste ou passant pour tel (il fut quasi jacobin dans sa jeunesse et finit sa vie en monarque autoritaire chassĂ© par une Ă©meute), moquĂ© par ses adversaires politiques des deux bords au cours de son rĂšgne, Louis-Philippe a laissĂ© dans la mĂ©moire des Français une image ambiguĂ« et contradictoire. Par surcroĂźt, ce nâest que depuis peu de temps que sont accessibles aux historiens les archives permettant dâĂ©clairer sa figure de façon dĂ©finitive. Guy Antonetti est le premier dâentre eux.Qui Ă©tait donc le dernier roi sous lequel les Français ont acceptĂ© de vivre ? Faudrait-il, comme on le fait souvent des personnages mal connus, le statufier, le crĂ©diter dâavoir fait avancer la dĂ©mocratie libĂ©ra-le et dâavoir donnĂ© au pays prĂšs de vingt ans de stabilitĂ© ? Certes non. Si son rĂšgne ne fut pas le dĂ©sastre que lâon a dit et si nombre de rĂ©-formes positives portent son empreinte propre, il est clair que Louis-Philippe a Ă©chouĂ©. La monarchie issue des Trois Glorieuses Ă©tait Ă ses yeux dâune perfection indĂ©passable. Il Ă©tait convaincu que le choix fait alors â le « juste milieu » entre lâabsolutisme de lâAncien RĂ©gime et lâanarchie jacobine , garanti par la charte 1814 rĂ©visĂ©e, Ă©tait le seul possible. Il se prenait pour un homme de son temps, alors quâil nâĂ©tait au fond quâune figure Ă©minente de cette aristocratie Ă©clairĂ©e du xviiie siĂšcle qui se rallia au tiers Ă©tat en juin 89 en rĂȘvant de transformer la monarchie en une royautĂ© constitutionnelle on connaĂźt la suite. Rejetant la leçon, Louis-Philippe ne sut pas Ă©voluer, en depit dâune in-telligence et dâun courage Ă©vidents. La mĂȘme insurrection qui lâavait mis sur le trĂŽne en juillet 1830 le balaya en quelques jours en fĂ©vrier 1848.NĂ© en 1773, il prolonge, au siĂšcle de la vapeur, lâĂ©poque des LumiĂšres. Nâa-t-il pas, enfant, croisĂ© Voltaire, lequel avait vingt ans en 1715 et nâa-t-il pas dĂźnĂ© avec Robespierre et avec Washington, mais son pĂšre nâa-t-il pas Ă©tĂ© lâhomme le plus riche du royaume, et nâĂ©tait-il pas lui-mĂȘme quatre fois lâarriĂšre-petit-fils de Louis XIV ?Louis-Philippe a voulu ĂȘtre roi, un vrai roi, un grand roi. Il a seulement oubliĂ© que la France ne voulait plus de roi du tout, ni petit ni grand.Professeur Ă lâuniversitĂ© de Paris II, Guy Antonetti, agrĂ©gĂ© de droit, est historien du droit, spĂ©cialiste des questions financiĂšres et Ă©conomiques.
HumiliĂ©, comme tous ceux de sa lignĂ©e, par les Bourbons, critiquĂ©, puis menacĂ© durant la RĂ©volution, Ă©ternel candidat au moindre trĂŽne vacant dâEurope, opportuniste ou passant pour tel (il fut quasi jacobin dans sa jeunesse et finit sa vie en monarque autoritaire chassĂ© par une Ă©meute), moquĂ© par ses adversaires politiques des deux bords au cours de son rĂšgne, Louis-Philippe a laissĂ© dans la mĂ©moire des Français une image ambiguĂ« et contradictoire. Par surcroĂźt, ce nâest que depuis peu de temps que sont accessibles aux historiens les archives permettant dâĂ©clairer sa figure de façon dĂ©finitive. Guy Antonetti est le premier dâentre eux.Qui Ă©tait donc le dernier roi sous lequel les Français ont acceptĂ© de vivre ? Faudrait-il, comme on le fait souvent des personnages mal connus, le statufier, le crĂ©diter dâavoir fait avancer la dĂ©mocratie libĂ©ra-le et dâavoir donnĂ© au pays prĂšs de vingt ans de stabilitĂ© ? Certes non. Si son rĂšgne ne fut pas le dĂ©sastre que lâon a dit et si nombre de rĂ©-formes positives portent son empreinte propre, il est clair que Louis-Philippe a Ă©chouĂ©. La monarchie issue des Trois Glorieuses Ă©tait Ă ses yeux dâune perfection indĂ©passable. Il Ă©tait convaincu que le choix fait alors â le « juste milieu » entre lâabsolutisme de lâAncien RĂ©gime et lâanarchie jacobine , garanti par la charte 1814 rĂ©visĂ©e, Ă©tait le seul possible. Il se prenait pour un homme de son temps, alors quâil nâĂ©tait au fond quâune figure Ă©minente de cette aristocratie Ă©clairĂ©e du xviiie siĂšcle qui se rallia au tiers Ă©tat en juin 89 en rĂȘvant de transformer la monarchie en une royautĂ© constitutionnelle on connaĂźt la suite. Rejetant la leçon, Louis-Philippe ne sut pas Ă©voluer, en depit dâune in-telligence et dâun courage Ă©vidents. La mĂȘme insurrection qui lâavait mis sur le trĂŽne en juillet 1830 le balaya en quelques jours en fĂ©vrier 1848.NĂ© en 1773, il prolonge, au siĂšcle de la vapeur, lâĂ©poque des LumiĂšres. Nâa-t-il pas, enfant, croisĂ© Voltaire, lequel avait vingt ans en 1715 et nâa-t-il pas dĂźnĂ© avec Robespierre et avec Washington, mais son pĂšre nâa-t-il pas Ă©tĂ© lâhomme le plus riche du royaume, et nâĂ©tait-il pas lui-mĂȘme quatre fois lâarriĂšre-petit-fils de Louis XIV ?Louis-Philippe a voulu ĂȘtre roi, un vrai roi, un grand roi. Il a seulement oubliĂ© que la France ne voulait plus de roi du tout, ni petit ni grand.Professeur Ă lâuniversitĂ© de Paris II, Guy Antonetti, agrĂ©gĂ© de droit, est historien du droit, spĂ©cialiste des questions financiĂšres et Ă©conomiques.