Louis-Philippe - Guy Antonetti

By Guy Antonetti

Release Date: 2014-04-01

Genre: History

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HumiliĂ©, comme tous ceux de sa lignĂ©e, par les Bourbons, critiquĂ©, puis menacĂ© durant la RĂ©volution, Ă©ternel candidat au moindre trĂŽne vacant d’Europe, opportuniste ou passant pour tel (il fut quasi jacobin dans sa jeunesse et finit sa vie en monarque autoritaire chassĂ© par une Ă©meute), moquĂ© par ses adversaires politiques des deux bords au cours de son rĂšgne, Louis-Philippe a laissĂ© dans la mĂ©moire des Français une image ambiguĂ« et contradictoire. Par surcroĂźt, ce n’est que depuis peu de temps que sont accessibles aux historiens les archives permettant d’éclairer sa figure de façon dĂ©finitive. Guy Antonetti est le premier d’entre eux.

Qui Ă©tait donc le dernier roi sous lequel les Français ont acceptĂ© de vivre ? Faudrait-il, comme on le fait souvent des personnages mal connus, le statufier, le crĂ©diter d’avoir fait avancer la dĂ©mocratie libĂ©ra-le et d’avoir donnĂ© au pays prĂšs de vingt ans de stabilitĂ© ? Certes non. Si son rĂšgne ne fut pas le dĂ©sastre que l’on a dit et si nombre de rĂ©-formes positives portent son empreinte propre, il est clair que Louis-Philippe a Ă©chouĂ©. La monarchie issue des Trois Glorieuses Ă©tait Ă  ses yeux d’une perfection indĂ©passable. Il Ă©tait convaincu que le choix fait alors – le « juste milieu » entre l’absolutisme de l’Ancien RĂ©gime et l’anarchie jacobine , garanti par la charte 1814 rĂ©visĂ©e, Ă©tait le seul possible. Il se prenait pour un homme de son temps, alors qu’il n’était au fond qu’une figure Ă©minente de cette aristocratie Ă©clairĂ©e du xviiie siĂšcle qui se rallia au tiers Ă©tat en juin 89 en rĂȘvant de transformer la monarchie en une royautĂ© constitutionnelle on connaĂźt la suite. Rejetant la leçon, Louis-Philippe ne sut pas Ă©voluer, en depit d’une in-telligence et d’un courage Ă©vidents. La mĂȘme insurrection qui l’avait mis sur le trĂŽne en juillet 1830 le balaya en quelques jours en fĂ©vrier 1848.
NĂ© en 1773, il prolonge, au siĂšcle de la vapeur, l’époque des LumiĂšres. N’a-t-il pas, enfant, croisĂ© Voltaire, lequel avait vingt ans en 1715 et n’a-t-il pas dĂźnĂ© avec Robespierre et avec Washington, mais son pĂšre n’a-t-il pas Ă©tĂ© l’homme le plus riche du royaume, et n’était-il pas lui-mĂȘme quatre fois l’arriĂšre-petit-fils de Louis XIV ?

Louis-Philippe a voulu ĂȘtre roi, un vrai roi, un grand roi. Il a seulement oubliĂ© que la France ne voulait plus de roi du tout, ni petit ni grand.

Professeur Ă  l’universitĂ© de Paris II, Guy Antonetti, agrĂ©gĂ© de droit, est historien du droit, spĂ©cialiste des questions financiĂšres et Ă©conomiques.

Louis-Philippe - Guy Antonetti

By Guy Antonetti

Release Date: 2014-04-01

Genre: History

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HumiliĂ©, comme tous ceux de sa lignĂ©e, par les Bourbons, critiquĂ©, puis menacĂ© durant la RĂ©volution, Ă©ternel candidat au moindre trĂŽne vacant d’Europe, opportuniste ou passant pour tel (il fut quasi jacobin dans sa jeunesse et finit sa vie en monarque autoritaire chassĂ© par une Ă©meute), moquĂ© par ses adversaires politiques des deux bords au cours de son rĂšgne, Louis-Philippe a laissĂ© dans la mĂ©moire des Français une image ambiguĂ« et contradictoire. Par surcroĂźt, ce n’est que depuis peu de temps que sont accessibles aux historiens les archives permettant d’éclairer sa figure de façon dĂ©finitive. Guy Antonetti est le premier d’entre eux.

Qui Ă©tait donc le dernier roi sous lequel les Français ont acceptĂ© de vivre ? Faudrait-il, comme on le fait souvent des personnages mal connus, le statufier, le crĂ©diter d’avoir fait avancer la dĂ©mocratie libĂ©ra-le et d’avoir donnĂ© au pays prĂšs de vingt ans de stabilitĂ© ? Certes non. Si son rĂšgne ne fut pas le dĂ©sastre que l’on a dit et si nombre de rĂ©-formes positives portent son empreinte propre, il est clair que Louis-Philippe a Ă©chouĂ©. La monarchie issue des Trois Glorieuses Ă©tait Ă  ses yeux d’une perfection indĂ©passable. Il Ă©tait convaincu que le choix fait alors – le « juste milieu » entre l’absolutisme de l’Ancien RĂ©gime et l’anarchie jacobine , garanti par la charte 1814 rĂ©visĂ©e, Ă©tait le seul possible. Il se prenait pour un homme de son temps, alors qu’il n’était au fond qu’une figure Ă©minente de cette aristocratie Ă©clairĂ©e du xviiie siĂšcle qui se rallia au tiers Ă©tat en juin 89 en rĂȘvant de transformer la monarchie en une royautĂ© constitutionnelle on connaĂźt la suite. Rejetant la leçon, Louis-Philippe ne sut pas Ă©voluer, en depit d’une in-telligence et d’un courage Ă©vidents. La mĂȘme insurrection qui l’avait mis sur le trĂŽne en juillet 1830 le balaya en quelques jours en fĂ©vrier 1848.
NĂ© en 1773, il prolonge, au siĂšcle de la vapeur, l’époque des LumiĂšres. N’a-t-il pas, enfant, croisĂ© Voltaire, lequel avait vingt ans en 1715 et n’a-t-il pas dĂźnĂ© avec Robespierre et avec Washington, mais son pĂšre n’a-t-il pas Ă©tĂ© l’homme le plus riche du royaume, et n’était-il pas lui-mĂȘme quatre fois l’arriĂšre-petit-fils de Louis XIV ?

Louis-Philippe a voulu ĂȘtre roi, un vrai roi, un grand roi. Il a seulement oubliĂ© que la France ne voulait plus de roi du tout, ni petit ni grand.

Professeur Ă  l’universitĂ© de Paris II, Guy Antonetti, agrĂ©gĂ© de droit, est historien du droit, spĂ©cialiste des questions financiĂšres et Ă©conomiques.

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