La Vieillesse - Simone de Beauvoir

By Simone de Beauvoir

Release Date: 2020-02-06

Genre: Philosophy

(0 ratings)
« Quand je dis que je travaille Ă  un essai sur la vieillesse, le plus souvent on s’exclame : "Quelle idĂ©e ! Mais vous n’ĂȘtes pas vieille ! Quel sujet triste
" VoilĂ  justement pourquoi j’écris ce livre : pour briser la conspiration du silence. À l’égard des personnes ĂągĂ©es, la sociĂ©tĂ© est non seulement coupable, mais criminelle. AbritĂ©e derriĂšre les mythes de l’expansion et de l’abondance, elle traite les vieillards en parias. Pour concilier cette barbarie avec la morale humaniste qu’elle professe, la classe dominante prend le parti commode de ne pas les considĂ©rer comme des hommes ; si on entendait leur voix, on serait obligĂ© de reconnaĂźtre que c’est une voix humaine. Devant l’image que les vieilles gens nous proposent de notre avenir, nous demeurons incrĂ©dules ; une voix en nous murmure absurdement que ça ne nous arrivera pas : ce ne sera plus nous quand ça arrivera. Avant qu’elle ne fonde sur nous, la vieillesse est une chose qui ne concerne que les autres. Ainsi peut-on comprendre que la sociĂ©tĂ© rĂ©ussisse Ă  nous dĂ©tourner de voir dans les vieilles gens nos semblables. C’est l’exploitation des travailleurs, c’est l’atomisation de la sociĂ©tĂ©, c’est la misĂšre d’une culture rĂ©servĂ©e Ă  un mandarinat qui aboutissent Ă  ces vieillesses dĂ©shumanisĂ©es. Elles montrent que tout est Ă  reprendre, dĂšs le dĂ©part. C’est pourquoi la question est si soigneusement passĂ©e sous silence ; c’est pourquoi il est nĂ©cessaire de briser ce silence : je demande Ă  mes lecteurs de m’y aider. Â» Simone de Beauvoir.

La Vieillesse - Simone de Beauvoir

By Simone de Beauvoir

Release Date: 2020-02-06

Genre: Philosophy

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« Quand je dis que je travaille Ă  un essai sur la vieillesse, le plus souvent on s’exclame : "Quelle idĂ©e ! Mais vous n’ĂȘtes pas vieille ! Quel sujet triste
" VoilĂ  justement pourquoi j’écris ce livre : pour briser la conspiration du silence. À l’égard des personnes ĂągĂ©es, la sociĂ©tĂ© est non seulement coupable, mais criminelle. AbritĂ©e derriĂšre les mythes de l’expansion et de l’abondance, elle traite les vieillards en parias. Pour concilier cette barbarie avec la morale humaniste qu’elle professe, la classe dominante prend le parti commode de ne pas les considĂ©rer comme des hommes ; si on entendait leur voix, on serait obligĂ© de reconnaĂźtre que c’est une voix humaine. Devant l’image que les vieilles gens nous proposent de notre avenir, nous demeurons incrĂ©dules ; une voix en nous murmure absurdement que ça ne nous arrivera pas : ce ne sera plus nous quand ça arrivera. Avant qu’elle ne fonde sur nous, la vieillesse est une chose qui ne concerne que les autres. Ainsi peut-on comprendre que la sociĂ©tĂ© rĂ©ussisse Ă  nous dĂ©tourner de voir dans les vieilles gens nos semblables. C’est l’exploitation des travailleurs, c’est l’atomisation de la sociĂ©tĂ©, c’est la misĂšre d’une culture rĂ©servĂ©e Ă  un mandarinat qui aboutissent Ă  ces vieillesses dĂ©shumanisĂ©es. Elles montrent que tout est Ă  reprendre, dĂšs le dĂ©part. C’est pourquoi la question est si soigneusement passĂ©e sous silence ; c’est pourquoi il est nĂ©cessaire de briser ce silence : je demande Ă  mes lecteurs de m’y aider. Â» Simone de Beauvoir.

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