Le grand Meaulnes - Alain-Fournier

By Alain-Fournier

Release Date: 2012-04-07

Genre: Classics

(0 ratings)
Il n'a rien perdu de sa magie. Et mĂȘme, Ă  mesure qu'on s'Ă©loigne de l'Ă©poque, la phrase en est si belle... Qui de nous pour ne pas se souvenir de l’aventure du Grand Meaulnes ?

Sans doute, pour ceux de ma gĂ©nĂ©ration, c’était plus facile : les Ă©coles primaires Ă©taient les mĂȘmes, et il y avait un forgeron marĂ©chal-ferrant dans la rue principale du village (Ă  Saint-Michel en l’Herm, il s’appelait Jubien).

La vie n’avait pas tant changĂ©, lieux, circulations, objets, du temps du Grand Meaulnes Ă  nos annĂ©es cinquante. La bascule est venue aprĂšs, radicale. Michel Chaillou citait souvent cette phrase extraordinaire, oĂč le seul adjectif ordinal suffit Ă  conditionner et le mystĂšre et le rĂȘve : Et, toute la nuit, nous sentions autour de nous, pĂ©nĂ©trant jusque dans notre chambre, le silence des trois greniers – pourquoi trois ? Tout tient Ă  ce trois. Mais le mot grenier qui Ă©tait pour ceux de mon Ăąge associĂ© Ă  un univers bien concret, une odeur de pommes sĂ©chant tout l’hiver du cĂŽtĂ© maternel, et celle des pneus Michelin neufs du cĂŽtĂ© paternel, que reprĂ©sente-t-il lorsque nous intervenons en collĂšge, ou cherchons Ă  reconstruire la mĂȘme bascule fantastique avec l’univers urbain des collĂ©giens d’aujourd’hui.

Mais tel est le mystĂšre de la lecture et du conte que les adolescents d'aujourd'hui, lorsqu'ils se glissent dans le Grand Meaulnes Ă  leur tour, y installent des rĂȘves qui ne sont pas les nĂŽtres – mais le fonctionnement du rĂȘve, sa machine Ă  merveille, l'Ă©trangetĂ© de Frantz, le mystĂšre d'Yvonne, si.

Je crois que j’ai relu le Grand Meaulnes Ă  chaque Ă©tape de ma vie. Maintenant encore, tous les deux ans, trois ans. Et toujours des dĂ©couvertes : rĂ©cemment, Pierre Bergounioux cite souvent la construction sĂ©quentielle des premiĂšres pages, la mĂšre du narrateur mise littĂ©ralement Ă  l’ombre, remplacĂ©e par la mĂšre d’Augustin, et cette terrible phrase qui est la premiĂšre que le narrateur entend – si on met Augustin Meaulnes en pension ici, c’est que son frĂšre s’est noyĂ©, le narrateur prenant ainsi la place du mort.

C’est une trappe Ă  mystĂšre – la fĂȘte qu'on ne retrouve plus, chacun la porte en soi Ă  jamais. Une Ă©criture sĂ©quencĂ©e comme le cinĂ©ma, qui n'existe presque pas encore, pour la plus belle leçon de rĂȘve et d'adolescence

Le grand Meaulnes - Alain-Fournier

By Alain-Fournier

Release Date: 2012-04-07

Genre: Classics

(0 ratings)
Il n'a rien perdu de sa magie. Et mĂȘme, Ă  mesure qu'on s'Ă©loigne de l'Ă©poque, la phrase en est si belle... Qui de nous pour ne pas se souvenir de l’aventure du Grand Meaulnes ?

Sans doute, pour ceux de ma gĂ©nĂ©ration, c’était plus facile : les Ă©coles primaires Ă©taient les mĂȘmes, et il y avait un forgeron marĂ©chal-ferrant dans la rue principale du village (Ă  Saint-Michel en l’Herm, il s’appelait Jubien).

La vie n’avait pas tant changĂ©, lieux, circulations, objets, du temps du Grand Meaulnes Ă  nos annĂ©es cinquante. La bascule est venue aprĂšs, radicale. Michel Chaillou citait souvent cette phrase extraordinaire, oĂč le seul adjectif ordinal suffit Ă  conditionner et le mystĂšre et le rĂȘve : Et, toute la nuit, nous sentions autour de nous, pĂ©nĂ©trant jusque dans notre chambre, le silence des trois greniers – pourquoi trois ? Tout tient Ă  ce trois. Mais le mot grenier qui Ă©tait pour ceux de mon Ăąge associĂ© Ă  un univers bien concret, une odeur de pommes sĂ©chant tout l’hiver du cĂŽtĂ© maternel, et celle des pneus Michelin neufs du cĂŽtĂ© paternel, que reprĂ©sente-t-il lorsque nous intervenons en collĂšge, ou cherchons Ă  reconstruire la mĂȘme bascule fantastique avec l’univers urbain des collĂ©giens d’aujourd’hui.

Mais tel est le mystĂšre de la lecture et du conte que les adolescents d'aujourd'hui, lorsqu'ils se glissent dans le Grand Meaulnes Ă  leur tour, y installent des rĂȘves qui ne sont pas les nĂŽtres – mais le fonctionnement du rĂȘve, sa machine Ă  merveille, l'Ă©trangetĂ© de Frantz, le mystĂšre d'Yvonne, si.

Je crois que j’ai relu le Grand Meaulnes Ă  chaque Ă©tape de ma vie. Maintenant encore, tous les deux ans, trois ans. Et toujours des dĂ©couvertes : rĂ©cemment, Pierre Bergounioux cite souvent la construction sĂ©quentielle des premiĂšres pages, la mĂšre du narrateur mise littĂ©ralement Ă  l’ombre, remplacĂ©e par la mĂšre d’Augustin, et cette terrible phrase qui est la premiĂšre que le narrateur entend – si on met Augustin Meaulnes en pension ici, c’est que son frĂšre s’est noyĂ©, le narrateur prenant ainsi la place du mort.

C’est une trappe Ă  mystĂšre – la fĂȘte qu'on ne retrouve plus, chacun la porte en soi Ă  jamais. Une Ă©criture sĂ©quencĂ©e comme le cinĂ©ma, qui n'existe presque pas encore, pour la plus belle leçon de rĂȘve et d'adolescence

Related Articles