Jâignore si elle avait eu jamais un nom comme tout le monde, un nom de famille, le mĂȘme nom quâavait portĂ©, je ne parle pas de son pĂšre, mais sa mĂšre seulementâŻ; et sa profession Ă©tait de celles que la morale rĂ©prouve. Le recruteur qui lâavait conduite sur la terre dâAfrique avait Ă©tĂ© obligĂ© de lui faire croire, pour obtenir sa dĂ©cision, quâelle irait Ă peine plus loin que Marseille : un petit bras de mer Ă traverser, sur une eau calme, et elle se retrouverait en quelques heures dans un pays tout semblable Ă la France, mais oĂč les hommes Ă©taient plus gĂ©nĂ©reux. Et pendant des jours et des jours, du haut de la passerelle des secondes classes, elle avait cherchĂ© des yeux, sur la mer sans bornes, les maisons, les cafĂ©s, les grands boulevards de Port-Ferry, oĂč on lâenvoyait en compagnie de PasiphaĂ©, une blonde molle, et de Carmen la Valaque. Au bout de trois semaines, le grand paquebot sâarrĂȘta dans lâestuaire dâun fleuve jaune qui roulait ses eaux lourdes entre deux rives basses. La lumiĂšre mĂȘme du soleil paraissait imprĂ©gnĂ©e dâune humiditĂ© perpĂ©tuelle, et la premiĂšre chose quâelle aperçut en descendant Ă terre, ce furent des croix plantĂ©es dans la boue. Tel Ă©tait Port-Ferry, point de dĂ©part dâune conquĂȘte neuve, centre dâun futur empire, oĂč les vainqueurs vivaient dans des cases de bois et de paille, presque Ă la nage dans la fangeâŻ; mais cinq cents hommes vĂȘtus de blanc ou de khaki acclamĂšrent Marie, PasiphaĂ©, Carmen la Valaque, acclamĂšrent le paquebot, la France et le marchand de femmes qui leur importait de lâamour.
Jâignore si elle avait eu jamais un nom comme tout le monde, un nom de famille, le mĂȘme nom quâavait portĂ©, je ne parle pas de son pĂšre, mais sa mĂšre seulementâŻ; et sa profession Ă©tait de celles que la morale rĂ©prouve. Le recruteur qui lâavait conduite sur la terre dâAfrique avait Ă©tĂ© obligĂ© de lui faire croire, pour obtenir sa dĂ©cision, quâelle irait Ă peine plus loin que Marseille : un petit bras de mer Ă traverser, sur une eau calme, et elle se retrouverait en quelques heures dans un pays tout semblable Ă la France, mais oĂč les hommes Ă©taient plus gĂ©nĂ©reux. Et pendant des jours et des jours, du haut de la passerelle des secondes classes, elle avait cherchĂ© des yeux, sur la mer sans bornes, les maisons, les cafĂ©s, les grands boulevards de Port-Ferry, oĂč on lâenvoyait en compagnie de PasiphaĂ©, une blonde molle, et de Carmen la Valaque. Au bout de trois semaines, le grand paquebot sâarrĂȘta dans lâestuaire dâun fleuve jaune qui roulait ses eaux lourdes entre deux rives basses. La lumiĂšre mĂȘme du soleil paraissait imprĂ©gnĂ©e dâune humiditĂ© perpĂ©tuelle, et la premiĂšre chose quâelle aperçut en descendant Ă terre, ce furent des croix plantĂ©es dans la boue. Tel Ă©tait Port-Ferry, point de dĂ©part dâune conquĂȘte neuve, centre dâun futur empire, oĂč les vainqueurs vivaient dans des cases de bois et de paille, presque Ă la nage dans la fangeâŻ; mais cinq cents hommes vĂȘtus de blanc ou de khaki acclamĂšrent Marie, PasiphaĂ©, Carmen la Valaque, acclamĂšrent le paquebot, la France et le marchand de femmes qui leur importait de lâamour.