Barnavaux et quelques femmes - Pierre Mille

By Pierre Mille

Release Date: 2023-04-10

Genre: Literary Fiction

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J’ignore si elle avait eu jamais un nom comme tout le monde, un nom de famille, le mĂȘme nom qu’avait portĂ©, je ne parle pas de son pĂšre, mais sa mĂšre seulement ; et sa profession Ă©tait de celles que la morale rĂ©prouve. Le recruteur qui l’avait conduite sur la terre d’Afrique avait Ă©tĂ© obligĂ© de lui faire croire, pour obtenir sa dĂ©cision, qu’elle irait Ă  peine plus loin que Marseille : un petit bras de mer Ă  traverser, sur une eau calme, et elle se retrouverait en quelques heures dans un pays tout semblable Ă  la France, mais oĂč les hommes Ă©taient plus gĂ©nĂ©reux. Et pendant des jours et des jours, du haut de la passerelle des secondes classes, elle avait cherchĂ© des yeux, sur la mer sans bornes, les maisons, les cafĂ©s, les grands boulevards de Port-Ferry, oĂč on l’envoyait en compagnie de PasiphaĂ©, une blonde molle, et de Carmen la Valaque.
Au bout de trois semaines, le grand paquebot s’arrĂȘta dans l’estuaire d’un fleuve jaune qui roulait ses eaux lourdes entre deux rives basses. La lumiĂšre mĂȘme du soleil paraissait imprĂ©gnĂ©e d’une humiditĂ© perpĂ©tuelle, et la premiĂšre chose qu’elle aperçut en descendant Ă  terre, ce furent des croix plantĂ©es dans la boue. Tel Ă©tait Port-Ferry, point de dĂ©part d’une conquĂȘte neuve, centre d’un futur empire, oĂč les vainqueurs vivaient dans des cases de bois et de paille, presque Ă  la nage dans la fange ; mais cinq cents hommes vĂȘtus de blanc ou de khaki acclamĂšrent Marie, PasiphaĂ©, Carmen la Valaque, acclamĂšrent le paquebot, la France et le marchand de femmes qui leur importait de l’amour.

Barnavaux et quelques femmes - Pierre Mille

By Pierre Mille

Release Date: 2023-04-10

Genre: Literary Fiction

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J’ignore si elle avait eu jamais un nom comme tout le monde, un nom de famille, le mĂȘme nom qu’avait portĂ©, je ne parle pas de son pĂšre, mais sa mĂšre seulement ; et sa profession Ă©tait de celles que la morale rĂ©prouve. Le recruteur qui l’avait conduite sur la terre d’Afrique avait Ă©tĂ© obligĂ© de lui faire croire, pour obtenir sa dĂ©cision, qu’elle irait Ă  peine plus loin que Marseille : un petit bras de mer Ă  traverser, sur une eau calme, et elle se retrouverait en quelques heures dans un pays tout semblable Ă  la France, mais oĂč les hommes Ă©taient plus gĂ©nĂ©reux. Et pendant des jours et des jours, du haut de la passerelle des secondes classes, elle avait cherchĂ© des yeux, sur la mer sans bornes, les maisons, les cafĂ©s, les grands boulevards de Port-Ferry, oĂč on l’envoyait en compagnie de PasiphaĂ©, une blonde molle, et de Carmen la Valaque.
Au bout de trois semaines, le grand paquebot s’arrĂȘta dans l’estuaire d’un fleuve jaune qui roulait ses eaux lourdes entre deux rives basses. La lumiĂšre mĂȘme du soleil paraissait imprĂ©gnĂ©e d’une humiditĂ© perpĂ©tuelle, et la premiĂšre chose qu’elle aperçut en descendant Ă  terre, ce furent des croix plantĂ©es dans la boue. Tel Ă©tait Port-Ferry, point de dĂ©part d’une conquĂȘte neuve, centre d’un futur empire, oĂč les vainqueurs vivaient dans des cases de bois et de paille, presque Ă  la nage dans la fange ; mais cinq cents hommes vĂȘtus de blanc ou de khaki acclamĂšrent Marie, PasiphaĂ©, Carmen la Valaque, acclamĂšrent le paquebot, la France et le marchand de femmes qui leur importait de l’amour.

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